Quand il s’agit de clouer au pilori l’ex-président, la trompette des ‘‘illuminés’’ du Faso retentit très fort. Pour justifier les errements d’un système en voie d’extinction, on a longtemps cru bon d’attiser la flamme de la stigmatisation, en indexant tout d’abord  « le beau Blaise  », puis, en assimilant une partie du peuple à des suppôts du terrorisme. Gouverner, c’est un art, une philosophie, une intelligence qui ne s’accommode pas des émotions épidermiques et des hésitations puériles.

Près de quatre ans après sa prise de pouvoir, le candidat du MPP, qui fut, faut-il le rappeler, l’un des piliers du régime Compaoré, n’a pas réussi à restaurer le Burkina Faso. Loin de là ! Le dire, ce n’est pas tordre le cou à la vérité, puisque lui-même, en homme digne, ne le nierait pas. Jusqu’à la fin de la transition, les signes d’une contamination du Faso par la menace terroriste se faisaient déjà amplement visibles.

Quand, au Mali, les islamistes installent des forteresses, au Nigéria, l’État se cherche face à l’ogre Jihadiste et qu’en Mauritanie, des cellules dormantes sont réactivées, concevoir un programme de gouvernement, sans anticiper sur le risque de pénétration des mouvements intégristes, alors que le Burkina se trouve en plein cœur de la zone Sahélienne, où le phénomène est en train de se sanctuariser…

Franchement, c’est faire preuve d’inertie politique. On ne peut pas prétendre gouverner un peuple sans se donner les moyens stratégiques et matériels d’assurer sa sécurité. Or, dans les faits, il semble malheureusement que les barons du MPP sont arrivés à Kosyam dans un état de cécité politique, avec comme seul parade sécuritaire, l’éviction des officiers proches de l’ex Chef d’État.

Cette « Chasse aux sorcières » déjà entamée sous la transition, dénote de la naïveté des actuels tenants du pouvoir, qui ont certainement souffert de l’ivresse du succès dans les premiers mois de leur gouvernance. Sans être expert en questions sécuritaires, on comprendrait aisément, avec un bout de réalisme, que le Burkina était depuis longtemps dans le viseur des islamistes. Accepter le fait que Roch et ses affidés auraient dû réadapter leur politique de défense au nouveau contexte sécuritaire qui prévaut dans la sous-région, n’est pas lui faire injure. On ne peut pas gérer la défense comme du temps de Maurice Yaméogo, de Thomas Sankara ou de Blaise Compaoré.

Ça ne passe pas ! Les temps ont changé. Et c’est parce que l’autre l’avait compris, qu’il s’était entouré d’un certain nombre de garanties avec les groupuscules armées de la sous-région pour éviter à son pays, le désastre sécuritaire qu’il connait aujourd’hui.

Non, le Burkina n’était pas prêt à gérer les conséquences de la crise Libyenne, mais le Burkina avait les moyens de se préparer à contrer efficacement toute velléité de déstabilisation sur son sol, grâce à une manœuvre habile, alliant à la fois, diplomatie et préparation militaire.

Que le Burkina ne soit pas tenu à la laisse de Compaoré, c’est un fait, mais que ses successeurs pointent avec une médiocrité implacable, ça, c’est un échec. La guerre aujourd’hui, fait beaucoup plus appel au renseignement qu’à l’achat d’armes de combat, qui reste cependant un aspect à ne pas négliger. Mais à Kosyam, non seulement on ne fait pas grand chose pour équiper les forces en action sur le terrain, de surcroît, on balbutie littéralement dans l’organisation du système de renseignements.

Seule parade contre la réalité macabre qui endeuille le peuple, la mise en branle des milices ethnicistes, dont le rôle est d’éliminer les  ‘‘ennemis’’ Peulhs, présentés à tort ou à raison comme les bras séculiers du djihadisme au Faso. On n’a rien fait pour étouffer la menace, et maintenant on préfère exaspérer les tensions latentes pour échapper au verdict de l’histoire. Non, c’est trop tard.

S’il y’a eu Yirgou, Arbinda, Kain, Banh et bien d’autres cas, l’horloge pointe allègrement vers l’heure où une partie du peuple, dans une dynamique de sursaut national, mettra un terme à cette stigmatisation corrosive et décidera de se donner des dirigeants lucides qui auront la maîtrise de la question sécuritaire et seront beaucoup plus efficaces que prolixes dans l’abordage de la sécurité nationale, comme le réussit d’ailleurs si bien, le voisin Alassane Ouattara, qui a cette manie de savoir tuer les crises dans l’œuf.

Raoul MOBIO, Netafrique.net