Il y a cinq (05) ans, la France et la Côte d’Ivoire signaient une convention dite contrat de désendettement et de développement (C2D). Cinq années après, les deux Etats ont marqué une halte pour faire le bilan des mises en œuvre du C2D.

Le bilan est certes positif. Mais des irrégularités dans la mise en œuvre du C2D ont été évoquées jeudi 28 juin 2018 par les sociétés civiles de Côte d’Ivoire et de la France. C’était au cours des festivités marquant le 5ème anniversaire qui se sont déroulés à l’auditorium de la primature à Abidjan Plateau.

  Mme Gnionsahe Hélène, coordinatrice nationale de la convention de la société civile ivoirienne s’est, dans un premier temps, réjouie de ce que « les retombées positives des C2D se répercutent sur l’ensemble du territoire national ». Cependant, elle a déploré surtout les Unités de Coordination des Projets et des Cellules de Suivi des Projets au détriment de l’administration et des collectivités dont leur mise en place « n’est pas sans conséquences négatives ». Entre l’indispensable information des autorités locales sur le errain qui n’est pas assurée; le transfert de compétences aux agents de l’Etat et aux collectivités décentralisées qui ne l’est pas; et pas plus que la pérennité et l’appropriation des projets par les agents de l’Etat et par les collectivités décentralisées.

Ce qui pourrait, selon elle provoquer « les frustrations, les incompréhensions, gâchis de richesses, de connaissances de terrain, gâchis également de compétence ».

Jean-Jacques Guigon, de la Plateforme française dette et développement a aussi appelé à travailler pleinement la « cohésion sociale » et « le vivre ensemble » pour un pays comme la Côte d’Ivoire qui se remet d’une décennie de crise. Selon lui, la priorité devant être toujours plus et toujours mieux, la lutte contre les « inégalités » et « l’accompagnement » des plus vulnérables.

« Le temps n’est-il pas venu d’entendre, d’écouter d’une oreille attentive encore toutes celles et ceux très nombreux des villes et des campagnes ivoiriennes qui commencent à trouver et à déplorer que le C2D ivoirein a trop souvent la couleur du béton et l’odeur du goudron, et ils nous rappellent avec bon sens et un brin d’ironie que l’on se met ni l’un, ni l’autre dans le quotidien des plus démunis ? » Interroge M. Guigon, en présence du chef du gouvernement ivoirien, Amadou Gon Coulibaly. Qui n’a pas manqué d’extérioriser son inquiétude face à l’augmentation du niveau d’endettement dont les conséquences seront  encore plus lourdes dans les années à venir.

Réaction du Premier ministre: « Nous gérons nos dettes avec beaucoup de prudence »

 

Le chef du gouvernement qui a présidé la cérémonie ne s’est pas fait prier pour livrer sa réaction aux sociétés civiles ivoirienne et française sans ménager la chèvre et le chou.

« De 2012 à aujourd’hui, des dépenses considérées comme étant sociales…ont doublé et atteignent aujourd’hui 2.700 milliards de FCFA. Il y a un vrai débat sur ce que faire entre investir dans les infrastructures, investir dans le social.

Nous essayons en ce qui nous concerne de n’opposer ni la nécessité d’investir dans les infrastructures parce qu’elle est nécessaire pour améliorer la compétitivité de l’économie ivoirienne, pour rendre notre pays attractif, pour que le secteur privé puisse trouver ici une énergie en quantité et en qualité, des infrastructures de transport de qualité, puisse avoir un aéroport de qualité avec des dessertes aériennes comme on l’a aujourd’hui ici à Abidjan où on est passé de 600.000 passagers au moment de la crise à plus de 2.000.000 de passagers aujourd’hui.

Tout cela est important pour le secteur privé pour investir et créer donc des emplois dont notre jeunesse ici en Côte d’Ivoire a besoin. Mais nous ne négligeons pas aussi le secteur social…Lors du dernier conseil des ministres de l’année 2017, un programme au niveau de la santé de 577 milliards de FCFA a été adopté et est actuellement en cours de mise en œuvre.

Concernant l’endettement de la Côte d’Ivoire ou des pays africains en général, Amadou Gon Coulibaly a souhaité un « vaste » débat, un « vrai » débat entre les pays Africains et toutes les institutions internationales et des partenaires au développement.

Selon lui, il n’est pas possible et il ne sera pas possible aux Etats comme les leurs de pouvoir aspirer à l’émergence sans investir massivement  notamment dans les infrastructures. Sur ce point aussi, le chef du gouvernement a souhaité des réflexions sur les conditions du crédit afin de voir quel pourrait être le rôle d’une institution avec des ressources qui seront un effet de levier pour lever des capitaux beaucoup plus importants dans des conditions meilleures pour permettre de développer les pays.

« Nous gérons notre dette avec beaucoup de prudence. Les décisions d’aller sur les marchés, les décisions de recourir au marché sous-régional et la nécessité pour nous d’augmenter nos recettes intérieures pour avoir les mannes budgétaires qui nous permettront de financer notre développement à partir de notre propre capacité sont des éléments au cœur de notre priorité et de nos réflexions ».

Bosco de Paré