Yacouba Isaac Zida a été de ceux qui ont été favorable à l’insurrection populaire qui a éjecté Blaise Compaoré du pouvoir en 2014. Cinq années après qu’il ait assumé la transition en tant que premier ministre qui a organisé la présidentielle, ce général exilé au Canada, fait profil bas et dit regretter Blaise Compaoré.

« (…) Je vais vous dire que sur le plan sécuritaire évidemment, nous regrettons l’époque Compaoré qui était une période de paix, de sécurité et de stabilité. Qui au Burkina peut préférer les présents moments d’incertitude que nous vivons ? Il ne se passe pas un seul jour où il n’y a pas de tueries avec ses cortèges de déplacés…Je ne veux pas dire que Compaoré était parfait et irréprochable, mais le Burkina Faso sous lui, se portait nettement mieux » répondait ainsi le premier ministre de la transition, lors d’un entretien accordé au journal ‘‘Le Pays’’ sur la situation sociopolitique au Burkina Faso.

Il a poursuivi pour faire faire observer que dans l’ordre des responsabilités, la toute première priorité d’un Etat est de protéger ses citoyens, et ensuite, viennent les autres domaines de responsabilités. Toute chose selon lui qui est valable pour tous les Etats du monde. Il a estimé dans cet entretien que le président de la République, Jean Roch Kaboré est un incapable.

« Un Etat qui est incapable de protéger ses citoyens, est un Etat non viable. Alors, avec un gouvernement comme celui que vous avez et qui ne peut pas assurer la sécurité des Burkinabè, que faut-il en attendre d’autre? Toute chose, sans la sécurité, n’est que de l’agitation et de la fanfaronnade inutile pour une population que l’ennemi massacre à souhait. Sous Blaise Compaoré, je peux vous assurer qu’il protégeait les Burkinabé de l’intérieur comme de l’extérieur (…) Je dis oui, car regretter Blaise Compaoré comparativement à Roch Kaboré, c’est une simple question de bon sens » a-t-il avoué.

Autre contrariété évoquée par l’ancien premier ministre de la transition, c’est la dissolution du régiment de sécurité présidentielle (Rsp) en 2015. Une décision qui a difficile à prendre, selon l’aveu du militaire. Et qu’il ne souhaiterait pas refaire.

« Gouverner consiste à 80%, en la prise de décisions qui peuvent être moins difficiles, difficiles ou très difficiles. La plus difficile que je ne souhaite d’ailleurs plus jamais avoir à prendre, c’est celle que nous avons prise le vendredi 25 septembre 2015 à 13h. Nous venions alors de terminer notre premier Conseil des ministres d’après-putsch et, c’est lors de ce Conseil que nous avons dissous le RSP (Régiment de sécurité présidentielle) ».

« Le président Michel Kafando et moi-même étions dans mon bureau au Premier ministère où avait eu lieu le conseil, et nous échangions sur la suite des évènements. Je rappelle que le RSP venait d’être dissous mais était retranché dans sa caserne avec tout ce dont il disposait comme moyens. Nous avons longuement échangé avec le président Kafando et finalement, nous sommes convenus qu’il ne nous restait qu’une seule option possible, à savoir donner l’ordre pour un assaut sur le camp Naaba Koom » commente-il, visiblement pris de remord pour les nombreuses victimes que leur action a dû produire.

Yacouba Isaac Zida a envoyé un message au président Burkinabè pour son retour. Non sans poser de conditions. « A l’attention du président Kaboré, je voudrais lui dire que je suis disponible pour mon pays, à condition que cesse cet acharnement inutile. Je n’ai pas fait le vœu d’être président du Faso, mais, par contre, j’ai prêté serment, genou à terre, pour servir le Burkina quoi qu’il m’en coûte, un certain 1er  novembre 1996 et lui-même présidait cette cérémonie à la Place de la révolution en sa qualité de Premier ministre; c’est là, tout le sens de mon combat ».

Yacouba Isaac Zida avait été désigné chef de l’État de transition du Burkina Faso par l’armée le 1ᵉʳ novembre 2014 avant d’être nommé. Le 21 du même mois, alors que la Cedeao et l’Ua ne voulaient pas d’un militaire à la tête du pays, il est remplacé par Michel Kafando qui le nomme Premier ministre de la transition.

Ghislain Coulibaly et Le Pays