(Libre opinion)-Mardi 17 mars, des personnes en provenance de France, atterrissent à l’aéroport d’Abidjan, alors que la veille, le Conseil national de sécurité avait décidé de la fermeture des frontières terrestres, maritimes et aériennes, pour les pays comptant plus de 100 cas confirmés au Covid-19.

Cette disposition entrait en vigueur le jour de leur arrivée, avant d’être prorogée. 1 213 parmi eux sont donc transportés à l’Injs, pour en principe, subir des tests, alors que des proches de personnalités du pouvoir et des célébrités prennent la route de leurs domiciles. Sans aucune assistance. Branle-bas chez les voyageurs confinés à Marcory. L’affaire continue de défrayer la chronique. Et au moment où la Côte d’Ivoire annonce 78 cas confirmés au test de coronavirus, l’opinion ne décolère toujours pas contre le Premier ministre ivoirien.

Amadou Gon Coulibaly est fortement accusé d’avoir participé, peut-être à son corps défendant, à la propagation du Covid-19. Les tenants de cette thèse prétextent la mise en quarantaine à l’Injs de 1 213 personnes en provenance de France, puis renvoyés chez eux pour, selon le ministre de la santé et de l’hygiène publique, s’auto-confiner. La décision est prise par le chef du gouvernement, après avoir permis à des proches du pouvoir, issus du même vol, de regagner leurs familles, sans aucune assistance médicale. Amadou Gon a publiquement assumé cet acte, qui lui vaut la colère du président Alassane Ouattara.

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Le chef de l’État, dans son adresse à la nation du lundi 23 mars, a déploré l’incident qui vaut peut-être à la Côte d’Ivoire de compter plus de malades de la pandémie. « Dans cette lutte que nous menons contre la propagation du COVID-19, notre principal ennemi sera l’indiscipline et le non-respect des consignes de prévention. Oui, le manque de discipline nous met en danger et met en danger les autres. Je voudrais, à cet égard, condamner les actes d’indiscipline et les cas d’exception qui ont perturbé le démarrage des opérations de mise en quarantaine à l’Injs, des ressortissants ivoiriens et des résidents permanents non ivoiriens à leur entrée sur le territoire ivoirien. Je voudrais réaffirmer que nous sommes tous égaux devant la loi et devant la maladie. Par conséquent, je n’accepterai pas que cela se produise à nouveau », a déclaré, dépité, le chef de l’État, faisant allusion au premier ministre.

Aussi, malgré les assurances des autorités sanitaires affichées sur les chaînes de télévisions locales, 78 cas positifs sont officiellement reconnus depuis ce mardi 24 mars. Et les grandes villes de l’intérieur ne sont plus épargnées. Cela dit, les populations ont les yeux rivés vers le chef du gouvernement, responsable, selon une certaine opinion, de ces chiffres qui grimpent. C’est pourquoi l’on a cru à une stratégie de communication, lorsque, ce mardi, Amadou Gon Coulibaly a annoncé son auto confinement, après avoir été en contact avec une personne testée positive plus tard.

Et pour les adversaires du candidat du Rhdp à la prochaine présidentielle, il devrait démissionner de la primature, et ne plus songer au scrutin d’octobre 2020. De fait, des voix autorisées, au sein du parti houphouétiste, estiment que l’acte du premier ministre et leur candidat, pourrait plomber sa campagne électorale. De fait, se justifient-ils, l’opposition pourrait en faire ses choux gras, le moment venu. Surtout que le choix de Gon Coulibaly inquiétait déjà au Rhdp, et galvanisait les adversaires du parti unifié à la présidentielle. En clair, « Gon est hors-jeu », soutiennent tout bas, des membres de son bord politique.

Du pain béni aussi pour le Pdci et le Fpi qui, selon des indiscrétions peaufinent une partie de leur stratégie de communication électorale, autour de la grave sortie de route de Gon Coulibaly, liée à la pandémie du coronavirus. Aussi, des élus et hauts cadres du parti au pouvoir marquent-ils leur inquiétude, et interpellent le président Ouattara, afin qu’il tire, pendant qu’il est encore temps, toutes les conséquences de la posture du premier ministre face aux voyageurs en provenance de France, le 17 mars dernier.

Assoumou Jean-Jacques