Les ivoiriens ne cessent d’appeler les présidents Henri Konan Bédié, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara à œuvrer à la réconciliation nationale. Les deux premiers cités quant à eux appellent un dialogue inclusif. Dans cette démarche, Guillaume Soro semble mis à l’écart du processus. Mais que valent un dialogue et une réconciliation nationale sans le président de Générations et Peuples solidaires (GPS) ?

Outre le président Henri Konan Bédié, aucune personnalité de l’opposition n’a officiellement réagi à la condamnation à perpétuité de Guillaume Soro et à la décision de dissolution de son instrument politique, le GPS le 24 juin 2021. Alors que tous s’accordent à demander un dialogue inclusif et la réconciliation nationale. Pour ce faire, nombreux sont les ivoiriens qui appellent les ‘‘3’’ grands à la table de discussions. Dans ce contexte où le pouvoir continue ce qu’il sait de mieux en poussant ceux qui sont opposés à son opinion, peut-il y avoir de véritable dialogue inclusif sans Guillaume Soro et à un degré moindre, Charles Blé Goudé, toujours retenu en Belgique ? A cette inquiétude, l’on pourrait répondre sans sourciller par la négative. Car Guillaume Soro quoi qu’on puisse lui reprocher, est un acteur majeur de la vie politique ivoirienne. Il a marqué ces 27 dernières années la scène politique.

Les actions du dialogue posées au plus fort de la rébellion

L’ex secrétaire général de la FESCI a certes été leader de la rébellion qui a éclaté en septembre 2002. Mais vite, il s’est rendu compte de la grave erreur commise en portant le glaive dans le ventre de la mère patrie. Après cette prise de conscience, Guillaume Soro, en 2003 déjà avait accepté de dialoguer avec Laurent Gbagbo en vue de trouver une solution civile à la crise jugée d’ « identitaire » par l’opinion internationale. Avec Laurent Gbagbo, ils ont parcouru Lomé (Togo), Accra (Ghana), Linas Marcoussis (France), Pretoria (Afrique du Sud), pour finir en 2007 à Ouagadougou au Burkina Faso. Les Accords de Ouagadougou ont permis à la Côte d’Ivoire divisée en deux parties de se réunifier. Avant la signature des accords de Ouagadougou, Guillaume Soro s’était engagé dans la voie de la réconciliation. D’ailleurs lors de la célébration de la flamme de la paix le 30 juillet 2007, Guillaume Soro affirmait dans un discours prononcé devant un aéropage de chefs d’Etat africains que « Si hier nos turpitudes nous ont conduits à la guerre, aujourd’hui notre détermination commune doit construire la Paix. La Côte d’Ivoire doit tirer leçon de cette guerre pour épargner aux générations futures une autre tragédie (…) Laissons en héritage aux générations futures, une Côte d’Ivoire indivisible, une Côte d’Ivoire fortifiée ». Mais mieux, s’adressant au président Laurent Gbagbo qu’il avait combattu, Soro était revenu sur sa volonté de dialoguer.

« Excellence monsieur le président la République, en initiant le dialogue direct auquel nous avons souscrit et qui a abouti à l’accord politique de Ouagadougou, les ivoiriens ont traduit ainsi leur volonté d’assumer leur destin politique. En signant cet accord à Ouagadougou, les africains peuvent être fiers de leur capacité à résoudre leur problèmes par eux-mêmes. Conscient qu’aucune nation ne peut vivre recroqueviller sur elle-même, nous aurons toujours besoin de la communauté internationale. Je voudrais qu’au-dessus des clivages politiques et idéologiques, nous nous retrouvions autour de ce bûcher pour consolider la tranquillité retrouvée. Tournons le dos aux intrigues, aux assassinats, aux attentats. Que chacun comprenne que ce processus est irréversible. Avançons donc dans la justice et la vérité sans exclusion. Nous devrons œuvrer pour n’exclure personne, pour ne donner à personne le sentiment d’être exclu. Consumons en nos cœurs, le désir de la haine et de la vengeance comme l’ont fait avant nous de grands hommes tels Gandhi, Luther King, Houphouët Boigny, Mandela. J’irai jusqu’au bout de la paix de façon acharnée ».

Le pardon de Soro à la nation pour son acte délictueux

A la poursuite de la paix son avion a essuyé de tirs à la roquette le 29 juin 2007 à Bouaké. Douze années après cet attentat, Guillaume Soro, a réitéré sa ferme volonté de poursuivre inlassablement cette paix au risque de sa vie. Le 30 juin 2019, il a profité du 12ème anniversaire pour demander une fois encore pardon aux ivoiriens pour le tort qu’il leur aura causé.

« (…) En toute humilité, je profite de cette journée pour demander à nouveau pardon pour toutes les victimes de la période de turpitude que notre pays a connue. Nous avons réussi la réunification de notre patrie, nous devons maintenant gagner la bataille de la réconciliation nationale. Notre survie en dépend. La flamme de la paix doit être pour chaque fille et fils de la Côte d’Ivoire, un moment de souvenir, du triomphe de l’humilité sur l’orgueil. Chacun doit tirer les enseignements de ce passé douloureux et se vêtir de l’habit de l’humilité pour préserver l’unité nationale. Puisse la sagesse nous visiter ».

En décidant de demander pardon à ses aînés Bédié, Ouattara et Gbagbo et même tous les ivoiriens dans leur ensemble, Guillaume Soro fait là un aveu de repentance. Au regard de ces actes de repentance dont il fait montre, il est clair que Guillaume Soro est l’une des pièces manquantes du puzzle pour le dialogue inclusif et partant de la réconciliation nationale.

Avec L’Héritage