Dans le souci de limiter la propagation du coronavirus, le gouvernement ivoirien a décidé au cours du conseil des ministres du mercredi 08 avril, de désengorger les prisons en faisant libérer plusieurs milliers de détenus. Mais en libérer et remplacer par de nouveaux est pour le citoyen, incongru.

Ce qui se passe en cette période de crise sanitaire ressemble bien à une comédie en Côte d’Ivoire. Dans le cadre de la lutte contre le covid-19, le gouvernement s’est enfin résolu à se plier aux recommandations de l’Onu qui avait appelé les pays à libérer des prisonniers. Lors du conseil des ministres du mercredi 08 avril dernier, Alassane Ouattara, le président de la République a décidé de gracier quelques milliers de prisonniers.

Ainsi, selon le communiqué de ce conseil, au titre du ministère de la justice et des droits de l’homme, le conseil a adopté deux décrets. Le premier décret accorde une grâce collective et le second décret est relatif à une remise de peine. Et le communiqué indique que le président de la République, faisant usage de son pouvoir de grâce, a accordé une remise gracieuse des peines privatives des libertés à des détenus condamnés. Cet acte d’humanité du président de la République, pris en vue de faire obstacle à la propagation de la pandémie du covid-19, bénéficie à un millier de détenus.

Par ailleurs, le président de la République a accordé une remise de peine à 1004 détenus condamnés dont le reliquat de la peine est inférieur ou égal à deux (02) mois”. Ces dispositions excluent les personnes en “situation de récidive ainsi que celles détenues en exécution d’une condamnation pour les faits qualifiés d’infractions militaires, de crime, de vol ou tentative de vol commis avec des circonstances aggravantes”, tels les proches de Guillaume Soro. Mais ce qui apparait comme une comédie, c’est lorsque l’on veut décongestionner les prisons pour éviter que le coronavirus y entre et dans le même temps, on continue de ramener des prisonniers en ce temps de couvre-feu.

En fait, le compte-rendu du ministre de la sécurité et de la protection civile relatif à l’application de l’état d’urgence, fait savoir que le couvre-feu a été “généralement respecté même si l’on déplore l’interpellation et le déferrement de 594 contrevenants” lit-on dans le communiqué. A peine la décision est prise que le quart de ces prisonniers qui bénéficieront de cette liberté est remplacé par de nouveaux (594 déferrements). L’on est en droit de se demander où déferre-t-on ces contrevenants au couvre-feu, si ce n’est dans les prisons.

Il certes vrai qu’au regard des dispositions de l’article 8 de la loi N° 59-231 du 7 novembre 1959, la violation de l’état d’urgence est passible d’une peine d’amende de 200.000 Fcfa à 2.000.000 millions de Fcfa et de 2 à 3 ans d’emprisonnement, mais le régime Ouattara veut tout simplement faire croire à l’Onu qu’il est se plie à son diktat.

Mais en réalité cette manière de procéder est une vraie farce du pouvoir. Et à cette allure, il n’est pas certain que l’on évite le coronavirus dans les prisons, encore que la procédure pour la remise en liberté de ces derniers n’est pas encore enclenchée par les autorités ivoiriennes. Les inquiétudes des ivoiriens et des détenus vont grandissant.

La maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca) accueille en ce moment plus de 12.000 pensionnaires pour une capacité d’accueil initial de 1.500 prisonniers.

Source: L’Héritage