C’est le 08 septembre 2021, que le chef de l’État ivoirien, Alassane Ouattara a procédé à la signature du décret n°202 – 437 du 08 septembre 2021, fixant le cadre général de gestions de 86 forêts classées du domaine forestier privé de l’État, éligibles au régime de concession.

Suite à ce décret, le ministre des eaux et forêts a ordonné à certains agents de la direction de la police forestière et de l’eau de faire arrêter les activités dans toutes les forêts classées. Ce, au mépris des dispositions dudit décret qui ne mentionne à aucun moment que la société de développement des forêts (SODEFOR) n’a plus de droit de regard sur ces forêts, mais qui stipule plutôt que la concession ne sera définitive que si certaines dispositions sont prises. Parmi celles-ci, le choix de la forêt en question par un concessionnaire et la validation de ses offres par un conseil interministériel. Malgré ces dispositions, le ministre en charge des eaux et forêts a préféré outrepasser ses mesures jusqu’à faire arrêter les travaux de certains exploitants qui ont signé une convention légale de gestion de ces forêts, quelques jours seulement après la publication du décret.

A l’évidence, quand un haut fonctionnaire de l’État piétine les principes de base du fonctionnement de l’administration, on ne peut que s’attendre au pire. Par ailleurs, la question qui revient est de savoir pourquoi le ministre veut mettre la charrue avant les bœufs ? En réalité, la mise en concession des forêts classées n’est que la face cachée de l’iceberg qu’il maîtrise bien. 

Y’a-t-il eu une phase expérimentale de la mise en concession de ses forêts ? Selon nos investigations, aucune forêt n’a fait l’objet d’essai et, selon un expert du ministère des eaux et forêts, ils auraient proposé au ministre de prendre une forêt par réalité sociologique des zones de la Côte d’Ivoire, afin de dupliquer la même expérience. Malheureusement, le ministre Alain Richard Donwahi a fait fi de toutes ces considérations, pour distribuer ces 86 forêts aux membres de son club d’amis privé afin que celles-ci deviennent certainement leur domaine agricole privé. Curieusement, cette démarche du ministre Donwahi intervient pendant que le ministre d’État, ministre de la défense s’attelle à démanteler les réseaux chinois et libanais qui sévissent presque impunément dans les forêts du domaine rural.

Et pourtant, parmi les 86 forêts objets de concession, au moins 6 sont conservées à plus de 50℅ et renferment des troupeaux de grands mammifères tels que le symbole de la Côte d’Ivoire : l’Éléphant. Quel gâchis!

« La mise en  concession des forêts classées sans un cadre pilote, relèverait d’un drame à la fois sociologique, écologique et économique pour notre pays, dont le plus grand perdant sera les générations à venir », regrette un responsable du ministère des eaux et forêts. Puis de s’étonner de la tenue d’une campagne de reboisement en plein mois de novembre (non conseillé pour ce type d’activité) et pendant que la COP 26 battait son plein.

En tout état de cause, le ministère devrait être plus transparent sur les résultats de sa politique de reboisement et indiquer réellement le bilan de ces nombreuses campagnes médiatiques au frais du contribuable qui, en somme ne sont pas difficiles à vérifier.

Le haut responsable des eaux et forêts enfonce le clou pour souligner des surprises  à couper le souffle sur le théâtre des campagnes précédentes. Le moins que l’on puisse souhaiter, c’est que la Côte d’Ivoire puisse miser sur une reforestation avec les compétences avérées.

Séraphin K.