Candidat pour le compte du plus vieux parti de Côte d’Ivoire à Yamoussoukro commune, Baba Sylla, député sortant à cœur ouvert, s’est prêté à nos préoccupations. Dans cet entretien, le député dévisage avec amertume le Rhdp, minimise son adversaire Souleymane Diarrassouba sur le terrain. Il promet pour sa part la victoire au président Henri Konan Bédié et au PDCI-RDA.

Bonjour Honorable Baba Sylla. Comment le Pdci dont vous défendez les couleurs pour ces élections législatives prépare les campagnes à Yamoussoukro ?

Le Pdci à Yamoussoukro se porte très bien. Si nous étions partis en son temps en indépendant c’est parce qu’on n’était pas d’accord des choix.

‘‘A Yamoussoukro, on ne parle pas d’autre chose que de l’Héritage de FHB qui est le PDCI-RDA’’

Parce que le PDCI-RDA avait organisé des primaires et nous deux (KKP et moi) étions sortis vainqueurs de ces primaires…Mais par rapport aux arrangements politiques au niveau de la direction du parti où il y avait le Rhdp, ils ont décidé qu’il fallait choisir quelqu’un ici et quelqu’un d’autre là-bas pour faire l’association PDCI-Rdr. C’est ce que la population et nous-mêmes avions tous refusé. Mais ce n’est pas parce qu’on ne voulait pas obéir à la direction du parti mais nous voulions aller avec le PDCI seul. C’est ainsi que nous sommes partis et nous avons gagné. Par la suite, nous allés voir le président Bédié pour lui remettre notre victoire. Ce n’est d’ailleurs pas notre victoire. C’est la victoire du PDCI-RDA. Parce qu’ici à Yamoussoukro, c’est le creuset du PDCI-RDA. Ici, le PDCI-RDA coule dans nos veines. Ici à Yamoussoukro, on ne peut pas parler d’autres choses que de l’héritage du président Félix Houphouët-Boigny, le PDCI-RDA. Fort de ça ici, si vous interrogez n’importe qui, on vous dira, c’est le PDCI-RDA. Aujourd’hui, nous avons la responsabilité de porter l’étendard du PDCI-RDA. C’est une lourde charge. Mais nous allons la supporter parce que nous avons la population PDCI avec nous. 

Honorable, vous avez en face un candidat coriace du régime. Sur quoi fondez-vous votre espoir de remporter ces législatives ?

Ecoutez, quand on dit un adversaire coriace parce qu’il est ministre, je vous rappelle que nous ne sommes pas du même parti. Je ne sais pas ce qu’il représente ici à Yamoussoukro. Il représente quelque chose pour la Côte d’Ivoire parce que c’est notre ministre, ministre de la République de Côte d’Ivoire. Mais ici, c’est le PDCI-RDA. Il vient d’arriver à Yamoussoukro. Il est venu emprunter le train avec nous. Sinon être ministre, nous avons aussi connu des ministres ici (Ahoussou Koffi, Charles Konan Banny, Jean Banny…). On a eu des parents ministres. C’est une compétition. On y va. Il est candidat pour lui. Et moi je suis candidat. Nous avons nos atouts…Nous avons été commis à aller faire une représentation. Bien, la population va juger si nous l’avons bien représentée, puisque nous faisons le tour des activités politiques qui sont deux fois complexes pour nos populations villageoises surtout qui ne peuvent pas trop comprendre. Mais nous vivons au quotidien avec nos populations. Les difficultés, nous les partageons avec elles…Un député, c’est la représentation. On est au contrôle de l’action gouvernementale.

‘‘Sous ce régime, les députés ont les mains liées’’

Vous savez en Afrique c’est plus difficile de contrôler l’action gouvernementale. Parce que si vous avez des secteurs décentralisés qui sont-là (le district, la mairie), s’il y a des malversations que vous devez relever (…), ça va effriter la familiarité et autre ici. Donc les députés, on ne peut que faire par rapport aux lois…

 Donc à vous suivre, les députés ont les mains liées. C’est ce que vous pensez ?

Mais oui ! Je vais vous donner un exemple. C’est qu’il y avait une certaine norme qui était élu sous l’étiquette du Rhdp, c’est –à-dire le lien qu’il y avait entre le PDCI et le Rdr. Nous qui sommes partis en indépendants au niveau du Pdci-Rda, on n’a pas pu détourner notre vigilance de cette ligne. Nous sommes tous restés. D’ailleurs au niveau du PDCI, nous étions 27. Mais tous ceux qui avaient certainement quelque chose à rendre sont tous partis au Rdr. Vous savez que le PDCI-RDA s’est retrouvé à l’assemblée nationale avec 89 sièges. Normalement c’était 90 mais le suppléant du vice-président était Rdr. Et de 89 députés nous sommes restés 66.

Qu’est ce qui a justifié cette débâcle ?

Chacun avait ses raisons. Ils avaient des contraintes ici ; ils avaient été pressés par là. C’est après qu’il y a eu des contraintes qu’ils sont été débauchés. Ils ont pioché chez Soro qui avait 16 députés ; chez au PDCI, ils en ont pioché suffisamment. Il y a des amis. C’est avec regret qu’on s’entretient mais on est ensemble (…) L’argument que donnent ces cadres du PDCI qui sont partis c’est qu’ils disent qu’ils sont houphouëtistes et qu’ils soient PDCI ou pas, ils sont houphouëtistes. Nous autres, nous avons pour raison fondamentale, le PDCI-RDA qui est l’héritage que Houphouët nous a légué. Et il y a des gens qui ont d’autres arguments. Si on dit qu’il y a des cadres qui sont partis au Rhdp par conviction, vous constaterez si c’est vraiment par conviction ou par contrainte. Même avec ces départs dont on parle, le PDCI-RDA vit aisément et le PDCI sera toujours présent sur ce terrain. Nous serons majoritaires à l’issue de ces élections législatives. 

Le PDCI sera majoritaire à l’issue de ces élections, vous le dites. Alors comment définissez-vous l’houphouëtisme ?

Ecoutez, pour moi, l’houphouëtisme se définit comme étant l’état de tranquillité, de la paix, le pardon, de l’acceptation de l’autre, le partage. Le contenu de l’houphouëtisme, chacun le définit à sa manière. Mais l’essence même (surtout que nous avons eu la chance de naitre et de vivre à Yamoussoukro), c’est la paix, la concorde, l’amitié. On n’avait pas connu d’autre vie que ça. Il a fallu ces dernières années pour savoir que vivre ensemble, c’est la guerre, c’est la machette, c’est le coup de poing. Je ne sais pas comment on peut vivre ensemble dans ces conditions.

L’une des choses les plus importantes au cours de ces élections le dimanche prochain, c’est la sécurisation des opérations de vote. Comment comptez-vous y prendre pour ne pas que votre victoire vous soit spoliée ?

Est-ce que dans un pays normal, dans un pays de droit vous parlerez de sécurisation des votes ? Vous relevez vous-même que nous ne sommes pas dans un pays de droit. Sinon pourquoi c’est un citoyen lambda qui doit aller s’occuper de la sécurité, la surveillance des urnes avec des opérations de vote avec des coups de poing ? Je n’arrive pas à comprendre. En tout cas pour ça, nous n’y pensons même pas.

Mais il peut y avoir des bureaux de vote parallèles. Ne craignez-vous pas ?

Je dis qu’on y pense pas parce que sérieusement nous ne pensons pas que quelqu’un de partis politiques qui ont chacun un représentant dans un bureau de vote, je ne pense pas qu’ils vont frapper notre représentant ou même l’obliger à signer. A moins qu’il y ait une caution quelque part. Oui, les municipales de Grand-Bassam nous ont édifiés. C’était la bagarre, j’y étais. M. Ezaley a gagné. Et les adversaires ont repéré les zones qui étaient en faveur de notre candidat Ezaley. Et c’est là-bas qu’ils sont allés casser après. Mais ils ont cassé avec qui ? Ils ont cassé avec nos forces de l’ordre. Si toutefois ici à Yamoussoukro les forces de l’ordre s’en mêlent e qu’ils vont casser, que ferions-nous ? Certainement que chez nous ici, ça ne sera pas aussi aisé parce que quand on parle de la préparation des élections, c’est tout un contenu. Mais on ne va pas se laisser faire. Surtout quand on dit qu’on a un ministre de la République qui est candidat. Je ne pense pas qu’il puisse être sur le terrain aussi pour tirer les urnes. Et moi non plus. Nous exhortons la population à aller aux élections du 6 mars en paix. Si toute la population de Yamoussoukro sort, nous connaissons individuellement les esprits. C’est vrai qu’ils sont en train de distribuer de l’argent, mais qu’ils comprennent que la population ne les votera pas en dehors des candidats du PDCI-RDA. Nous demandons à toutes les populations, à tous nos militants qui croient en Félix Houphouët-Boigny et u PDCI-RDA d’aller au vote. Aussi, nous sommes dans une plateforme. Je voudrais inviter les autres frères de la plateforme à aller voter ce jour-là.

Une chose est d’aller voter. Mais une autre aussi est le retrait des cartes d’électeur. Quel est l’approche que vous adoptez pour susciter l’engouement de vos militants à aller retirer leur carte quand on sait que cette opération avait été boycottée lors de la dernière parodie d’élection présidentielle ?

C’est vrai que les militants et les populations ont boycotté, mais dans une bonne République, les cartes d’électeurs se retrouvent dans les bureaux de vote le jour des élections. Si quelqu’un a été empêché et qu’il n’a pas eu le temps matériel d’aller prendre, qu’il se retrouve là-bas.

‘‘Nous enverrons la victoire du PDCI-RDA à notre Papa Bédié’’

Et nous avons pris des attaches et ils nous ont dit que ça sera dans les bureaux de vote le jour du vote. J’ai pris aussi le temps de poser la question aux responsables. S’ils ont leur ancienne carte, ils peuvent partir pour chercher la nouvelle, avec leur carte d’identité, ils peuvent voter. On a donné des instructions dans ce sens.

Alors Honorable, l’occasion vous est donnée pour rassurer le président Bédié et l’ensemble des membres du PDCI-RDA de votre victoire au soir du 6 mars 2021 ?

Vous savez le PDCI-RDA est un grand Parti dirigé par une grand personnalité qui est le président Henri Konan Bédié, qui nous tend l’étendard du parti pour nous dire d’aller au combat, quelle responsabilité ! C’est pourquoi, nous disons qu’au soir du 6 mars, nous allons prendre la victoire et aller la donner à notre Papa Henri Konan Bédié. Il ne sera pas déçu. Et pour ça ; nous sommes sur le terrain avec tous nos militants, tout le personnel du PDCI-RDA, tous les parents de Yamoussoukro.

Réalisé à Yamoussoukro par B.P